Un jardin sans prétention

Ceci n’est pas un jardin sans prétention. Du fond de ses 7000 m2 de verdure flamboyante, on est loin des surfaces agricoles du Souss qui se comptent en millieurs d’hectares. Pourtant, ce sont des dizaines de cagettes remplies de légumes qui accueillent le visiteur de prime abord. Salades, basilic, radis, betteraves dont les senteurs subtiles s’échappent en cette fin de matinée ; tous s’entassent à l’entrée du jardin en attendant d’être distribués. Pendant que l’œil du visiteur continue sa balade, il découvre ce qui est produit ici, des charrettes défilent et viennent augmenter le nombre des cagettes. Ce sont les paysans des alentours, convertis à l’agro-écologie, qui apportent leur production hebdomadaire. Parce que les 7000 m2 sont en fait 13 Ha que cultivent une quinzaine de producteurs indépendants que le centre de formation Terre et Humanisme a accompagné et soutenu.

La vraie richesse de ce jardin, ce sont certes les valeurs qu’il incarne, mais ce sont avant tout les êtres humains et l’écosystème qui le fait vivre. La dignité portée sur le papier par le projet prend vie sur le visage des paysans réunis autour de la table pour partager le thé. Le respect de l’environnement, lui, se lit davantage dans le nombre de papillons qui virevoltent au-dessus du jardin et la texture de la terre.

Entouré de sources, à deux pas de Casablanca et du Plateau des Phosphates, ce n’est pas sur le plan agricole que ce jardin a la prétention d’être un modèle, mais sur la richesse humaine qui naît du travail sain de la terre qu’il veut attirer l’attention. Comme le dit M. Derouiche, l’objectif est de montrer que l’humanisme préserve de l’humanitaire en garantissant l’autonomie des personnes: “Ces personnes [qui] retrouvent ici leur dignité.” Et la fierté de ce qu’ils font, celle-là même qui les amène à nous faire visiter et goûter “leur” jardin. Allal et Youssef sont intarissables sur les techniques de repiquage des salades, ainsi que sur leurs convictions: “Au souk, les gens n’ont pas le choix, ils achètent ce qu’ils trouvent. Mais moi, je le ferai plus. Je ne mange plus que ce que je fais pousser.”

En parcourant les allées de ce jardin aux mille saveurs, nous comprenons que ce n’est pas l’agriculture du Maroc qui devrait être la fierté du pouvoir, mais bien ses agriculteurs, eux qui représentent encore aujourd’hui plus de 40% de la population marocaine. Car ce sont bien eux qui garantissent l’indépendance alimentaire du pays, à l’heure où la globalisation montre ses premières faiblesses. Que fera le Maroc, ainsi que tous les pays exportateurs de denrées alimentaires, lorsqu’il perdra sa compétitivité à cause de la hausse du prix du pétrole ? Que fera le Maroc de ces dizaines de milliers de ouvriers agricoles qui auront perdu leur savoir-faire paysan en quittant leur région natale pour venir travailler en ouvrier spécialisé dans des serres ? Que dira le Maroc à toutes les personnes qui revendiqueront de la terre, aujourd’hui propriété du Roi pour beaucoup, pour pallier aux carences d’approvisionnement des souks ?

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