Du souk à l’OMC

Tanger. Port de pêche. L’Europe est à l’horizon juste derrière la brume. Fin de journée en mer pour les pêcheurs mais la journée est loin d’être finie : réparation des filets, préparation des hameçons. Les pêcheurs s’affairent sur le quai. Il suffit que nous nous intéressions aux poissons dans une vieille caisse en bois pour que la discussion s’engage, en français, en arabe, en allemand ou avec les mains… Une petite discussion informelle met l’émulation : un petit attroupement se forme, écoute des deux oreilles, et sourit de la situation. Petit cours de biologie marine improvisée : rougets, pageots, merlans, la mer est riche ici, tellement riche que les poissons se jètent dans les filets pour le plus grand bonheur des pêcheurs.

Rabat. Souk alimentaire en pleine effervescence, malgré que les étals soient encore en cours d’installation. Chacun est libre de regarder, de toucher, de poser des questions, de poser des questions, d’être curieux de l’autre dans ses habitudes de cuisinier. Ici, en face des produits frais, les prix sont francs, les regards aussi. Ici nous sommes tous faits des mêmes besoins, dont celui de se nourrir, et des mêmes envies : bien manger. Ici on nous fait goûter une herbe, là on nous fait sentir une épice, là encore on nous explique comment broyer une céréale inconnue pour agrémenter une soupe.

Asilah. Dans une ruelle déserte, face à la mer derrière la médina fortifiée. Il est 16h. Un tagine à l’européenne cuit sur un réchaud en aluminium devant les regards amusés des passants. Echanges de regards complices avec les femmes : entre cuisiniers on se comprend. A ce moment, les barrières tombent, ce qui nous sépare les uns des autres s’évapore dans la fumée du tagine.

Au Maroc, c’est bien connu tout se négocie : c’est comme un jeu, un élément de cohésion sociale, un héritage de cette civilisation bâtie sur des échanges commerciaux. On a tous en tête les images des caravanes qui traversent le Sahara et de celles qui ont ouvert la route de la soie. D’ailleurs ce n’est peut-être pas un hasard si l’Organisation Mondiale du Commerce a vu le jour en 1994 avec les accords de Marrakech. Hors c’est cette même OMC qui a dérégulé le marché agricole mondial menant aux émeutes de la faim de 2008 dans les pays les plus fragiles. La spéculation sur tout et n’importe quoi a amené ces bureaucrates à jouer avec le prix de la farine ou d’autres denrées alimentaires de première nécessité. Mais quand l’OMC joue aux colons de Catane ce sont des populations entières qui meurent de faim dans le monde réel (1 milliard de personnes souffrent à ce jour de la famine selon l’Organisation Mondiale de la Santé).

Sur les toits, Rabat

Comme on le disait, au Maroc tout se négocie… mais pas la nourriture1. Le jeu s’arrête donc là où les besoins vitaux commencent et c’est justement sur ceci que l’on partage le mieux, que l’on commence à faire société et que l’on en garantit la longévité.

C’est si vrai que le Gouvernement Marocain met actuellement en place un système de régulation en particulier des prix du blé (source: Le Matin, du 5 juin 2012, Maroc).

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